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Fragments pour un gai savoir XX

 

Impérialisme et mondialisation. Les partisans de la mondialisation se gardent bien d’expliquer que pour qu’il y ait une mondialisation, il faut qu’il y ait une puissance qui la génère, l’exploite, l’étende et la rende possible. Evoquer la mondialisation comme en allant d’un phénomène inéluctable, semblable à la fonte des glaces ou à la tectonique des plaques, est aussi aberrant qu’une assomption virginale. L’histoire ne pousse pas toute seule ; elle est précédée par la volonté des hommes de la rendre possible à un moment ou à un autre. A défaut d’être un champignon sur une souche, la mondialisation n’est ni neutre, ni naturelle, ni fatale. Elle est voulue, décidée, concertée, élaborée, planifiée, organisée, au sein de certains cercles politiques et économiques, et elle ne saurait être ordonnée que par des puissances suffisamment dominantes pour prétendre l’étendre au monde entier. C’est un rêve un peu fantasque, qui outrepasse le commerce lui-même, et qui n’est pas à la portée de tout le monde. Une telle puissance, susceptible d’imposer un mode d’organisation économique et politique, et pire encore, sociétal, de manière univoque, ne saurait être le fait d’un paisible pays discret mais d’une ou plusieurs grandes nations expansives. Et, de fait, si nous observons un peu aujourd’hui quelles sont les puissances susceptibles de s’offrir le monde sur un plateau, sous prétexte de mondialisation, nous avons, pour l’heure, les américains d’un côté, et la Chine de l’autre, sans évoquer les pays du Golfe. On prétend souvent que la finance n’a pas de visages, qu’elle est apatride, mais elle sait très bien s’appuyer sur les nations qui la servent, quitte à en changer, le moment venu. Loin d’être invisible, la mondialisation n’a pas seulement un visage, elle a aussi un ou plusieurs drapeaux.

L’américanisation du monde, en produits comme en pensées, est un fait statistique ; elle est la conséquence directe de la mondialisation, dont la production ne véhicule pas uniquement des biens de consommation, mais la vision du monde qui la sous-tend, la culture qui est à l’origine de cette production mondialisée, de même que ses intérêts géostratégiques. Loin de n’incriminer que les américains, il en ira de même de la Chine ou du Qatar, sinon de la Russie, si elle devait elle-même poursuivre une politique expansionniste. L’impérialisme est la condition même de toute globalisation, car le commerce international a toujours existé ; des grandes routes de la soie aux commerces maritimes, qui se sont étendus, sitôt qu’ils ont pu, à tous les continents. Que la mondialisation, à défaut du commerce international, soit la grande « nouveauté » du jour, ne peut pas ne pas apparaître comme suspecte. D’où qu’elle vienne, elle ne saurait surgir toute seule de la cuisse de Jupiter. La mondialisation obéit de ce fait à des intérêts bien comptés qui ne doivent rien à la Providence, mais qui supposent des ordonnateurs et des opérateurs, fussent-ils passifs. La mondialisation s’inscrit, en tant qu’elle n’est pas anonyme, dans une forme déguisée de colonisation sur de plus faibles puissances. L’exacerbation des tensions internationales ne fait qu’obéir à une loi presque physique qui veut que, toute domination étrangère suscite à son encontre, une résistance proportionnée ou proportionnelle à son extension. La mondialisation supposant une domination mondiale, ce qui la distingue du commerce international, la résistance ne saurait être, elle aussi, autrement que mondiale. Il est assez frappant d’assister à la montée concomitante à la mondialisation occidentale, à celle de la mondialisation islamiste, selon la doctrine fondamentaliste, opérée et financée par de grandes nations et institutions du monde arabe qui lui sont réactives.

Qu’on le veuille ou non, on ne conquiert pas le monde avec une main invisible, mais avec des forces et des réseaux politiques, économiques, financiers, médiatiques et tantôt militaires. Qu’observons-nous en ce moment même, sinon un interventionnisme mondialisé des Etats-Unis en Orient, en Corée, en Europe, mais aussi en Australie, en Russie, en Afrique et en Chine ? Les tensions militaires et défensives de ces pays en une nouvelle guerre froide, ne font que témoigner en ce sens. Il suffit d’une seule nation se réclamant de la mondialisation, pour que toutes les autres puissances revendiquent à leur tour, leur place ou leur part à cette mondialisation. Rien que de très normal. Mais si toutes les autres puissances du monde devaient réclamer leur part à la mondialisation, il n’y aurait plus de « mondialisation » à proprement parler... N’en subsisterait qu’un vaste échange commercial contractuel comme il en a toujours existé depuis que les différents continents se sont rencontrés. La finance internationale tiendrait-elle seulement toute seule, sans le moindre relai politique par le biais des structures d’Etat ? Dans le cadre d’une mondialisation strictement commerciale, chaque nation occuperait la place qui est la sienne dans l’ordre déjà existant du monde et des échanges commerciaux. Avec possibilité ou non de s’ouvrir au libre-échange ou de recourir à un protectionnisme légitime. Ce qui prouve ici encore que la mondialisation, telle qu’elle est scandée et entendue de nos jours, n’est pas synonyme d’échanges commerciaux internationaux, car cela ne serait pas le moins révolutionnaire. La seule mondialisation appelée à advenir en lieu et place de celle déjà existante, est à l’évidence la domination impérialiste, qui prétend s’arroger la totalité du monde au profit de quelques nations dominantes sur le dos de toutes les autres. Ce que symbolisent déjà les grandes multinationales Amazon, Google, Facebook, Uber, et Cie, qui, quoi qu’on en dise, n’ont pas choisi d’installer leurs sièges ailleurs qu’aux Etats-Unis... Ces grandes entreprises mondialisées sont donc étrangement chauvines pour des adeptes de l’apatrie financière.

La Bourse elle-même, aussi apatride soit-elle, démontre que dans le fil de la mondialisation, cette dernière a vu la réduction en quelques années de la moitié de ses entreprises cotées, lors même que l’argent qui y est investi a considérablement augmenté. Quoi de plus éloquent qu’une mondialisation s’effectuant dans le sens d’un appauvrissement de la diversité économique mondiale, doublée d’un accroissement de la richesse mondiale entre les mains de plus en plus sélectes d’une poignée de firmes. Car l’économie, toute économie, n’est pas dissociable de spécificités nationales, régionales, d’une histoire, d’une mentalité qui la conditionne ; on a toujours l’économie de son histoire, pour ne pas dire de ses besoins et de ses moyens. Les manuels d’économie renvoient l’étymologie du terme, au ménage domestique ; et il est généralement convenu que l’on ne fait pas le ménage chez son voisin, mais bien chez soi - à moins que le voisin devienne le chez soi... Les américains sont pour l’heure leaders mondiaux, la Silicon Valley défraie la chronique, mais si les anglais, tels qu’ils l’ont déjà été au XIXe, étaient à la première place, la même mondialisation graviterait en permanence autour de Londres et de la City. Loin d’être universellement abstraite, l’économie demeure, sinon nationale, du moins, géographique. Elle ne saurait faire l’impasse du lieu de naissance de son créateur, du pétrole, des minerais, de la pêche, d’agricultures spécifiques à un territoire, que les industries, qu’elles soient locales ou étrangères, peuvent ou non exploiter. Nombre de firmes mondialisées, ne peuvent absolument pas déplacer leurs puits ou leurs mines, ailleurs que dans les pays qui les détiennent à titre de ressources naturelles. Les entreprises internationales ne sont donc pas entièrement libres et sont bien obligées de s’arranger au mieux avec les pays abritant les richesses qu’elles convoitent. Aucune n’est à l’abri de pressions politiques nationales, y compris à l’international. C’est sans doute plus évident pour l’industrie des matières premières que pour les services, mais quiconque peut croire un instant que les grandes firmes américaines mondialisées soient devenues apatrides et sans liens aucuns avec leur nation d’origine ?

La géopolitique conditionne l’économie, et ce conditionnement conduit la finance internationale à se heurter aux réalités de terrain, à la diversité politique, et, contrairement à ce qu’elle affirme, elle demeure sous emprises territoriales et non extraterrestres ; à l’évidence,  le « cloud » informatique n’est pas situé dans les nuages, mais sur d’authentiques serveurs informatiques, quelque part dans le monde, sous exploitation majoritaire de Microsoft, à savoir, des Etats-Unis d’Amérique. Même le numérique et le virtuel ne sauraient cacher leurs structures réelles, matérielles, et les centres de stockage de l’information, de même que les entreprises qui y participent, et qui ont leurs sièges ici ou là dans le monde et demeurent donc géo-localisables. Le « cloud », à l’image de ce temps, n’est qu’un écran de fumée. La géopolitique ne saurait pas même être contournée par l’abolition de la politique et de la démocratie, puisqu’il faudrait abolir jusqu’à la territorialité des ressources pour que la mondialisation ultralibérale soit intégralement possible... Tant que la matière ne sera pas elle-même réduite à l’état de monnaie virtuelle, de créance abstraite, la finance ne parviendra pas à se débarrasser du politique, selon ses souhaits. L’économie n’est pas au-dessus du réel, des identités ; elle en est bien au contraire, le produit. La preuve la plus flagrante en étant le dollar, qui, au lendemain de la seconde guerre mondiale, s’est imposé en monnaie internationale sans perdre sa nature nationale. La domination américaine mondialisée commence en même temps que l’universalisation de leur monnaie nationale... Faire croire le contraire par le biais de la mondialisation, c’est en réalité cacher des intérêts nationaux pour mieux avancer masquer.

A ce jeu de dupe, quoi qu’en en dise, il n’y a pas d’apatrie financière, puisque les paradis fiscaux eux-mêmes sont géographiquement connus, que les pays qui les abritent ne sont pas non plus à l’abri des pressions politiques, mais il y a bien au contraire une domination moins virtuelle que réelle de nations sur d’autres, ce qui, historiquement, s’est toujours traduit par un retour de balancier politique connu sous le nom de libération(s) national(es), d’insurrection(s), de révolution(s). Certains critiques ont très justement faits remarquer que, si les monnaies plurinationales n’ont jamais tenu, on n’a jamais vu non plus de révolutions qui ne soient pas nationales... Le mobile même d’une libération n’a aucun sens en dehors d’un lieu géographique déterminé et d’un peuple qui lui est associé - et, par ce fait, de toute une histoire. Le subtil jeu des alliances et des partenariats qui ont toujours gouverné le monde par le passé, n’est en rien invalidé par la mondialisation ; c’est la mondialisation qui, bien au contraire, cache son jeu, pour ne pas avouer qu’elle n’est qu’un prétexte pour qu’une ou plusieurs puissances puissent s’imposer sur la totalité du monde. A ma connaissance, aucun empire d’avant le XIXe siècle, n’a jamais rêvé pareille folie, et gageons que, sans guerres mondiales (Marx lui-même en était conscient), les autres nations du monde ne sont pas disposées à suivre le même chemin que celui de l’Europe actuelle, ou, plus généralement, de l’Occident colonial, dont la principale nouveauté consiste à faire passer pour une évolution inéluctable, un colonialisme 2.0, à visage humain, c’est-à-dire sans guerres de conquêtes directes, frontales, mais sous le verni moral d’interventions légitimées par la Justice, le Commerce, et les Droits de l’Homme.

Régis Debray - Quels sont les enjeux de la relation Europe / Etats-Unis ? © Amis Diplo

 

 

Impartialité contre pluralisme. Une information neutre est une information trompeuse.

 

 

Hygiène de l’information. Entre guerres de conquêtes et rivalités géopolitiques, le monde contemporain n’est pas plus fiable aujourd’hui que durant les périodes de guerres déclarées et ouvertes que le continent européen a connues au XXe siècle. Nous assistons, entre les différents blocs, à une véritable guerre de l’information qui a le mérite de jeter en pleine lumière, l’hypocrisie manifeste de toute prétention à l’objectivité médiatique. Il ne fallait guère plus que le fendillement du système, pour précipiter un flot continu de désinformations ou d’informations à polarité unique. L’objectivité des grands médias occidentaux relève de l’atlantisme et du libéralisme, et suppose la lutte contre tout ce qui peut s’avérer critique contre ces deux réalités du capitalisme mondialisé. Une objectivité qui ne résiste pas un instant à la réflexion. Cette absence d’objectivité des médias « neutres » nous engage à repenser à d’autres frais la bonne hygiène que l’on se doit d’avoir en matière d’information pour tâcher de dégager le vrai du faux des torsions idéologiques que l’on se doit de subodorer en toute information.

Il faut tout d’abord reconnaître que la distinction entre le privé et le public n’est plus efficiente en la matière. La mondialisation a complètement intriqué les différentes modalités de la propriété. La tutelle publique d’un média ne s’avère pas moins « polarisée » que la tutelle actionnariale et privée. La presse publique orientera (quand elle ne censure pas par omission délibérée) l’information privilégiant la ligne idéologique du pouvoir en place, mais les médias tributaires de grands actionnaires privés, agiront de la même façon que sous l’autorité étatique en faisant pression dans le sens de leurs intérêts privés, qui, en pleine mondialisation libérale, peuvent aisément se recouper avec ceux de l’autorité publique, selon ses propres présupposés dogmatiques.

Il est donc vain de chercher tour à tour dans la privatisation ou la nationalisation d’un média, les gages d’une neutralité de l’information. Elle n’existe ni dans un cas, ni dans l’autre. On pourrait dès lors se tourner du côté de la presse indépendante, celle qui ne dépend, comme elle s’en vante avec fierté, que du financement de son lectorat. Offre beaucoup plus réduite, mais tablant sur une neutralité d’influence lui procurant la déontologie essentielle à l’exercice d’une profession journalistique sérieuse, critique et objective. Ici encore, il va nous falloir déchanter un peu, car, si on peut estimer en effet qu’un média ne dépendant que de sa ligne éditoriale, sans pressions extérieures, publicitaires, bancaires, actionnariales ou étatiques, bénéficie d’une onction particulière d’objectivité, la réalité démontre encore le contraire. L’européisme n’a jamais été aussi marqué, y compris au sein de la presse indépendante, plus souvent de gauche, et qui ne rechigne pas moins à adhérer aux mêmes intérêts qui sont ceux de la finance internationale.

La gauche européiste défend donc, en toute absurdité, le parti pris permanent des grands milieux d’affaire et bancaire, de droite ultralibérale, contre lesquelles elle a toujours historiquement montré les crocs... Prodigieux renversement idéologique. Il faut donc en convenir, l’indépendance financière d’un média ne doit pas nous masquer le parti pris implicite du journaliste lui-même, quelle que soit la nature privée, publique ou indépendante de son média ; car, si les pressions idéologiques peuvent orienter l’information sous la forme de soutiens financiers extérieurs (Etats, entreprises, institutions politiques), le moindre journaliste, à titre de sujet pensant, est susceptible à tout moment de déformer l’information pour tâcher de la faire coïncider moins avec la réalité des faits, qu’avec l’idée qu’il désire se faire de cette réalité. A fortiori lorsqu’une information brute, du type dépêche AFP, contenant peut-être la seule objectivité que l’on puisse espérer dégager de l’information (celle des faits constatés), vient se heurter aux convictions profondes du journaliste chargé de la relayer dans son propre média. Fi de ses soutiens institutionnels, le journaliste, à titre personnel, est tout autant suspect de tirer à son profit le contenu même d’une dépêche factuelle, comme de tronquer habilement une déclaration publique officielle.

C’est là toute la problématique de l’information, et d’autant plus en période de guerre, que de parvenir, malgré tout, à dégager la réalité des faits d’une véritable brume de désinformation. Il suffit à tout un chacun de consulter les médias de gauche, puis ceux de droite, de consulter les médias d’un même pays, puis d’un pays tiers, ou mieux encore, d’une civilisation à une autre, pour une même information, pour constater que, si les faits sont plus ou moins respectés, le traitement qui en est donné, varie d’une sensibilité à une autre, d’une géopolitique à l’autre. Comment parvenir à y voir suffisamment clair pour déjouer les propagandes diverses et tâcher d’accéder au noyau le plus fin et ciselé de la réalité ? En premier lieu, je pense qu’il faut considérer que la plus grande tromperie en matière d’information, repose sur l’illusion d’objectivité dont se prévalent les médias, qu’ils soient publics, privés ou indépendants. Cette prétention déontologique, qui ne motive la sphère médiatique que dans de rares cas, assurant parfois la respectabilité publique d’un journaliste en particulier, ne saurait être de la moindre assurance pour la haute exigence qu’a tout esprit libre, dans sa quête légitime de vérités fiables, par-delà les clivages, les idéologies, les intérêts économiques et politiques.

La tâche est rude, ce d’autant plus que notre époque n’a plus rien à voir avec celle des Lumières. On nous évoque même cette absurdité langagière, l’avènement de la « post-vérité », pour qualifier ce qu’en temps normal, on nommerait tout simplement « mensonge » ou « travestissement ». Il faut d’ailleurs se méfier de ces nouvelles tournures, cette langue de bois journalistique que la profession a récupérée du monde politique, vis-à-vis duquel elle tend entièrement à se confondre, et dont l’intérêt principal revient à contourner l’évidence pour la maquiller en faux-semblance. Contourner les mots est un instrument tactique pour nier ce qui paraîtrait, sans cela, trop évident. Ce jonglage phraséologique n’a pas même besoin d’être conscient et délibéré de la part de l’élite médiatique, il lui suffit de se réapproprier telles quelles, les formulations biaisées des politiques, soumis à des intérêts que les médias devraient davantage repérés que répétés. Ca n’est ni plus ni moins qu’un jeu de perroquet, un psittacisme de communicants, qui se donne libre cours tout du long d’un réseau étroit d’informations multisectorielles.

J’en reviens donc à cette déontologie intellectuelle que l’on se doit à soi-même, avant tout, et qui consiste à opérer avec l’information, la même déontologie qui devrait être celle des professionnels de l’information. Ne pas déléguer à des tiers ce que les spécialistes de la profession nomment le croisement de l’information. Nul ne peut être véritablement informé s’il ne se soumet pas lui-même à un pluralisme malin ; s’il ne jette pas un oeil sur la presse de gauche en même temps qu’il ne lorgne sur celle de droite, et s’il ne jette pas un regard sur la presse internationale, c’est-à-dire, celle qui est émise en dehors de sa sphère géopolitique. Les informations que certains tairont ou déformeront pour des raisons partisanes et intéressées, ne seront plus un problème pour d’autres, situés en dehors de certaines logiques de politiques nationales ou continentales. Aussi nous arrive-t-il, bien souvent, de sourires des censures et des travestissements de l’information, lorsque nous les observons à l’oeuvre en d’autres cultures, mais aussi sommes-nous bien dépourvus et embarrassés, lorsque d’autres rient à distance, de nos propres fourvoiements. Ceci représente bien, du reste, tout le sel que recouvre la connaissance de l’autre par le biais le plus affectif qui soit, et le plus conciliateur, l’échange culturel.

Plutôt que de tabler sur une indépendance financière tout à fait préférable, j’en conviens, à une tutelle publique ou privée, mais tout aussi aléatoire en matière d’objectivité journalistique qu’au sein des médias « aux ordres », mieux vaut encore contourner le problème de l’objectivité, en recourant soi-même au pluralisme de ses lectures, pour tâcher de démêler le faux du vrai, par multiplicité et divergence de points de vue. A moins de recourir par soi-même, cela va de soi, directement à la source de l’information. Ce qui n’est pas toujours possible. Dans la gamme des médias offerts à l’information nationale et internationale, il est d’utilité pratique de mettre de côté les médias les plus tronqués ou influençables, au profit de ceux que la réputation et la situation financière, préserve le plus des influences économiques et politiques, mais en gardant toujours à l’esprit que nul journaliste n’est exempté de parti pris pouvant peser sur sa manière de retransmettre l’information. Le seul travail critique de séparation du bon grain de l’ivraie, en matière d’information, ne saurait revenir qu’à un citoyen des Lumières, qui, las de se laisser abuser par le monde politico-médiatique, consent à opérer par lui-même la pluralité et le recoupement nécessaire à la recherche de la vérité. Il ose ainsi forger au quotidien son propre jugement.

 

Gilles Deleuze : l'art et les sociétés de contrôle © INTELLECT FOCUS

 

L’enquête contre l’opinion. Il est symptomatique, ici encore, que ce qui ait majoritairement disparu dans la grande tradition du journalisme, soit le journalisme d’investigation. Il est le grand absent de la presse et des médias traditionnels, à quelques exceptions près. Il en est pourtant l’honneur et la grande vigueur. Il représente à lui seul tout ce que l’on peut louer dans l’information : la quête du réel, la recherche de la vérité. L’étude objective, sur pièce, sur place, d’une réalité sociale, économique, financière, politique, etc. Le principe de l’enquête suppose la confrontation avec une réalité dont, préalablement, on n’en attend évidemment rien ; puisqu’il s’agit d’en faire le constat. L’investigation ruine, dans sa méthode, le journalisme d’opinion, l’éditocratie. Le pouvoir de ne parler qu’en son nom, qu’en son caprice, et de ne faire que d’une opinion - la sienne -, le but de l’information. On vérifie, on ne bavarde plus. Quel intérêt peut bien présenter un journaliste si on ne peut plus escompter sur lui pour obtenir une information crédible ? Ne lit-on pas les « nouvelles » à cette fin ? Seules les dépêches remplissent encore cette fin aujourd’hui ; mais elles demeurent insuffisantes quant à l’étude détaillée d’un cas en particulier que l’on souhaite couvrir dans sa totalité, sous tous ses aspects, de manière à proposer une vue d’ensemble d’un problème, et non de façon fragmentaire, impossible d’être véritablement saisi sans une conjonction exhaustive de facteurs et de faits.De Ugg Rose Chaussures Toutes Femme Cable Biens Cozy Wysir7h p7qw76xzY

La lecture d’un essai sérieux sur une question d’actualité, ne vaut-elle pas mieux que le moindre abonnement quotidien à une presse d’opinion ? La démarche est très différente de celle d’un article qui loue. Un article qui explique ne possède pas le même ton, ni la même phraséologie, qu’un article qui loue. D’un article qui loue, on ne retient rien ; on n’apprend rien. On en ressort à vide. Pas même convaincu par le zèle que met l’auteur pour nous astreindre à penser comme lui. D’un article qui explique, raisonne, cherche, fouille, relate, on apprend tout. On en ressort déjà différent. On a acquis quelque chose. Le sentiment d’avoir lu un article intéressant, pertinent, se ressent par l’enthousiasme qu’il génère. On éprouve le sentiment de ne pas avoir perdu son temps. Phénomène devenu dramatiquement rare. Je ne suis pas sûr que le coût du journalisme d’investigation soit la réelle cause de cette désaffection, comme le prétendent des journaux massivement financés par l’Etat et que l’austérité, étrangement, ne semble pas compromettre... Y aurait-il une fois encore une austérité à géométrie variable selon les intérêts de l’Etat ? Nous retiendrons cette autre dimension de l’information qui consiste à bien différencier les articles d’informations, au sens fort du terme, des articles de convictions. Pour qui veut savoir, et n’a pas besoin de croire - sinon de boire -, la distinction de ton, dans un article, en révèle d’entrée de jeu la nature et la portée. L’idéologie à l’encre blanche se piste aisément de la démonstration à l’encre noire. Entre le laudateur béat, l’optimiste ahuri, et le critique argumenté, renseigné, le choix est assez simple. D’autant plus lorsque nombre de journaux ne se distinguent plus vraiment - images et slogans à l’appui - de flyers électoraux...

 

 

L’exercice du pouvoir n’est pas le lieu de la vérité. A l’heure où un banquier d’affaire gagne les sommets du pouvoir afin de mener la politique d’une élite mondialisée contre les populations asservies au suffrage universel, ce qui en fait un pendant national des commissaires européens, eux-mêmes en provenance de grandes banques internationales, la finance s’impose désormais comme le but de l’organisation politique dans sa totalité. Aussi, consécutivement, nous voyons les économistes de tous bords, prix Nobel ou non, s’imposer comme des experts d’utilité publique, dont la connaissance des mécanismes de la finance et des marchés, leur assurent déjà une supériorité très nette de crédit intellectuel, sur la politique traditionnelle, celle des apparatchiks et des politiciens de profession, le carriérisme des énarques, des sénateurs et autres élus de la démocratie indirecte, pour ne pas évoquer les citoyens eux-mêmes et leurs organisations civiles, associatives ou mutualisées. Sauf que, comme je l’ai déjà expliqué, l’expertise comptable n’a pas plus ou moins de validité, en démocratie, que quelque science que ce fût, puisque le propre de la démocratie, c’est l’arbitrage populaire. C’est partir du principe que le seul à même de pouvoir garantir au mieux son intérêt, c’est, vis-à-vis du peuple, le peuple lui-même.

Les économistes, dans cette logique, ne bénéficient d’aucun élitisme particulier susceptible de s’imposer au-dessus, non seulement des représentants du peuple, mais du peuple lui-même. Qui plus est, leur propre discipline les condamne à n’avoir de connaissance que dans leur secteur spécifique, alors que la politique recouvre tous les domaines de la citoyenneté à la fois. Prix Nobel ou non, les spécialistes de l’économie s’avèrent tout aussi impropres à gouverner que si on attribuait à des médecins hautement qualifiés, ou à un physicien des hautes énergies, dont les disciplines spécifiques sont tout aussi importantes que les leurs pour le développement des sociétés, la charge de la gouvernance d’Etat. C’est précisément parce que la tâche de gouvernance est aussi vaste que tous les citoyens qui composent la réalité sociale d’un pays, qu’un seul individu, de même que plusieurs centaines ou milliers d’élus, ne seront jamais à la hauteur d’une telle diversité d’intérêts comme de nécessités politiques. L’économie n’en étant qu’un segment parmi de nombreux autres, et assurément ni le principal, ni le plus important.

Quand bien même, certaines décisions ne sauraient être tranchées sans le recours à quelques spécialistes appointés, le rôle des savants en un système de démocratie authentique, à savoir, la plus directe qui puisse être envisagée, se restreint aux mandats temporaires qu’une délégation populaire pourrait leur attribuer, ou encore, la tribune que le débat public leur offre dans la défense de leurs activités et la promotion de leurs recommandations d’utilité publique. Le peuple souverain se réservant de trancher sur votation une fois le débat public terminé. La technocratie n’est en effet plus la démocratie, pas plus que l’oligarchie et l’aristocratie. Loin de les compromettre dans leurs légitimités sociales, elles doivent accepter que la démocratie ne soit pas l’arbitre des vérités, mais l’arbitre de la décision finale en politique. La seule décision souveraine qui se puisse être légitime sans sombrer dans l’arbitraire d’une caste particulière, aux intérêts ésotériques, confiscatoires, pour ne pas dire claniques.

On comprendra aisément que la démocratie n’a pas la prétention de s’instaurer en sagesse du peuple, ce qu’elle ne sera jamais puisqu’une majorité numérique ne garantit pas, dans l’absolu, une délibération juste et savante ; mais que la démocratie, à condition qu’elle soit directe, assure simplement la souveraineté à tous les citoyens, et non à certains seulement, indépendamment de leurs spécificités, leurs talents, leur rang social, leur culture, par le droit d’exister collectivement dans le destin d’une région et d’une nation - et partout ailleurs, où un collectif peut être administré par la totalité de ceux qui y prennent part. Chacun comprendra que, dans le jeu démocratique lui-même, l’élitisme des savants ne garantit en rien contre la trahison d’intérêts que recouvrent plus ou moins toutes les délégations de pouvoir du peuple à destination d’institutions ou de personnalités supplétives. La démocratie pose la solution du préférable en matière d’exercice du pouvoir, dans le choix d’une politique à mener collectivement, et non dans la prétention à détenir, comme se le proclament eux-mêmes, nombre de diplômés de grandes écoles politiques et économiques, la supériorité intellectuelle et technique pour garantie de l’excellence politique. La politique n’est pas une affaire de vérités ; elle est, chez les scientifiques eux-mêmes, une affaire d’intérêts. La démocratie suppose donc que ce soit au peuple de définir par lui-même, ses intérêts, et non à ses représentants ou à ses conseillers. Après tout, puisque la démocratie est une affaire de choix et d’arbitrage préférentiel, en quoi aurait-il « tort » de se tromper ? Si on lui laissait ne serait-ce que l’occasion de se tromper, voilà qui serait déjà révolutionnaire en soi. Est À Urban Lyon Centre Chimirec Trail qEW1xS5TCw

Extrait: Alain Badiou. Élections, pièges à cons © Guillaume-Martin Ratté

 

Ni droite, ni gauche : au pouvoir. Le refrain des hommes politiques de la majorité de centre gauche et droit ressemble beaucoup à leur propre parcours en zigzag. Au temps où il existait une droite décomplexée et une gauche traditionnelle, les passages d’un bord à l’autre pour tâcher de parvenir au pouvoir par quelques manoeuvres, étaient qualifiés de traîtrise. Depuis que le ni droite, ni gauche, s’est imposé en valeur sûre, le cynique calcul politique se gratifie d’une distinction particulière bien plus honorable, celui qui consiste à prétendre ignorer les bas clivages idéologiques au profit des seules hautes compétences... et quelles compétences ! Le gouvernement actuel, tenu par un banquier d’affaire dont le patrimoine s’est subitement évaporé, vient de nommer comme premier ministre, un lobbyiste de grande entreprise, dont la déclaration de patrimoine s’est avérée elle aussi outrancièrement lacunaire.

Ouvertement de droite, le premier ministre du ni droite, ni gauche, n’est cohérent que sur un point : la carrière politique suppose d’enjamber allègrement les clivages partisans, très limitatifs lorsqu’il s’agit de concourir pour des postes à responsabilité vacant que tous les cinq ans, et encore, pour une couleur politique particulière, sous réserve de législatives. Pour ce qui est des valeurs défendues, le ni droite, ni gauche, pris à la lettre, se devrait de considérer que les seuls intérêts économiques ne sont pas plus recevables que le socialisme ; mais compte tenu de leur parcours professionnel, il est bien évident que le banquier d’affaire et le lobbyiste de grande entreprise ont en commun de n’être ni socialiste, ni socialiste. Faut-il vraiment prétendre se hisser au-dessus des partis pour conserver l’honneur sauf, lorsqu’on témoigne avant tout d’un opportunisme éhonté ?

 

guess Chaussures Wade En Black Soldes Bottines Guess Femme Les loups sont entrés dans Paris - Michel Onfray © Canal Memo

 

Les experts savent toujours... où sont leurs intérêts. Il n’y a pas de vérité unique, et c’est du simple fait que la vérité seule n’existe pas, qu’elle est multifocale et sujette à des jeux d’intérêts permanents, que l’on ne peut pas considérer que le jeu démocratique (l’arbitrage souverain) se trouverait en deçà de l’expertise. Les experts ne sont pas plus neutres que leurs fonctions sociales et, par ce fait, ne représentent pas plus sûrement les intérêts du peuple. Qui puis est, il n’est aucun enjeu de société qui, sous prétexte de scientificité, ne soit pas compréhensible et aisément formulable dans ses conséquences pratiques à tout un chacun. Qu’une vérité puisse être inaccessible, contrevient à l’idée même de vérité. Si une chose est vraie, alors elle va de soi, même vue sous plusieurs angles. Comment quelque chose allant de soi, pourrait-il être inexplicable, indémontrable au commun des mortels ? Cette focalisation sur l’expertise, presque comptable, à tous les niveaux de la politique nationale et européenne, disconvient à la clarté des enjeux politiques qu’elle détermine. Vouloir masquer les évidences, fût-ce à coup de scientificité, ne saurait légitimement qu’inspirer le doute, la suspicion. L’homme ordinaire sait très bien, par expérience, que lorsqu’un vendeur ou un marchand l’embobine à des fins malhonnêtes, le discours devient subitement sibyllin, opaque, mystérieux, obscur. On le presse de souscrire, parfois sous le chantage et la menace, à quelque chose dont il ne comprend pas les enjeux. La neutralité n’est pas plus à mettre au crédit du journaliste que du scientifique ; il est donc de première importance à ce que la démocratie conserve sa priorité fondamentale à l’égard de tous les autres pouvoirs que l’on oserait, de quelque manière, lui opposer. En Suisse, encore, au XXIe siècle, certains cantons pratiquent avec assiduité et fierté, la landsgemeinde. Le vote à main levée. Plus limité dans sa portée mais plus efficace et radical que le vote sur bulletins qui, à titre d’intermédiaire entre le votant et l’urne, ne garantit en rien contre la fraude électorale... et c’est sans compter, bien sûr, dans le cadre du suffrage universel, de la démocratie représentative, sur un panel de candidats à sens unique.

Que les savants enseignent, est une bonne chose, mais qu’ils se substituent autant aux parlements qu’aux peuples, est une trahison d’intérêts. Les fondateurs de l’Union européenne savaient, Jean Monnet en tête, que leur projet européen était ailleurs que dans l’établissement d’un fédéralisme politique. La primauté du système se devait de placer en son centre, les intérêts de Wall Street, qui finançaient et supervisaient les instigateurs de la construction européenne. Or, pour les experts financiers, il n’était bien évidemment pas question que la future Europe des marchés se dote d’un parlement, et encore moins de consultations populaires. La démocratie parlementaire était envisagée, par Jean Monnet et ses continuateurs, comme une nuisance à l’efficacité de la future Commission (d’experts) non élue. Des concessions durent bien-sûr être faites, car la nature antidémocratique du super-Etat bruxellois, ne faisait pas mystère dès ses origines. Or, la démocratie n’est pas un cénacle privé, mais une grouillante agora où chacun a sa place et est d’emblée en capacité de se faire une idée de ce que d’autres, fussent-ils plus savants, sont en mesure de lui expliquer.

Le secteur économique est plus qu’un autre le théâtre de cette technocratie savante, massivement orientée derrière des intérêts privés et financiers, plus encore que dans d’autres secteurs de la science, et qui soumettent en réalité leurs analyses à une idéologie spécifique à prétention scientifique. Contrairement aux intellectuels, dont le vice de classe n’est plus à faire, le peuple n’est pas facilement idéologisable. Les évidences de la vie pratique, les difficultés de la vie courante, le dispensent souvent d’avoir à prendre des vessies pour des lanternes. Il y a beaucoup de magiciens chez les intellectuels ; des êtres capables, par habileté stratégique, de changer un banquier en révolutionnaire. Cela dit, mettre délibérément la démocratie de côté, comme le fut la ligne constante du projet européen, en dit plus sur les intentions des élites que sur celles des peuples. Le projet maastrichien était confiscatoire et sa propre complexité témoignait contre lui. Il n’existe pas d’experts de la politique ; les experts font de la politique, comme tout un chacun, ou presque. Disons qu’ils servent simplement des intérêts antagonistes à ceux que seraient amenés à défendre les citoyens dans le cadre d’une démocratie directe. D’où l’impopularité des référendums populaires pour les élites là où les citoyens en sont plus que jamais demandeurs. La fracture entre les deux n’est jamais aussi flagrante que sur le terrain de la démocratie directe. A savoir, la dimension la plus effective de la démocratie ; celle qui, du « pouvoir du peuple », comme en témoigne l’étymologie du mot lui-même, en est l’expression la plus vigoureuse. Tout un symbole...

Et c’est précisément ici ce qui m’importe. Que Jean Monnet soit parvenu à ses fins, outre les résistances considérables qu’il a rencontrées, n’est pas le propos. C’est le projet lui-même, porté par des élus du peuple, qui appelle réflexion. Qu’un tel projet antidémocratique et antiparlementaire se soit imposé, sans que personne, en Europe n’ait jamais eu à voter pour ni contre, à l’exception du traité constitutionnel de 2005, rejeté par la France les Pays-Bas et l’Irlande, est pour le moins singulier. La Suisse, dont les consultations populaires sont inscrites dans la constitution, ne pouvait pas voir ses référendums piétinés... Ils sont non seulement obligatoires, mais de valeurs impératives - et ils ont été négatifs, alors que le pays des institutions internationales, du système bancaire apatride, est probablement, sur le terrain politique et économique, pour les meilleures et les pires raisons, le pays le plus internationaliste de la zone Euro... Cruel paradoxe, mais combien propre à éclairer le projet européen lui-même, qui devait fermer l’Europe sur elle-même, au lieu de l’ouvrir sur le monde. Il n’est plus guère que la chancelière allemande pour pratiquer encore une politique internationale (on se demande d’ailleurs vis-à-vis de quelle grâce ?), la politique étrangère de l’Europe n’étant plus décidée ailleurs qu’à Bruxelles, de même que la politique intérieure, commerciale, économique, monétaire, militaire, etc. L’inanité des nations européennes n’a jamais été aussi flagrante, autant dans leur politique intérieure que pour leur politique extérieure. Gageons que les fiascos électoraux en Europe, largement organisés à cette fin, induiront à terme, la suppression des élections nationales au seul profit d’un nationalisme continental. Le supranationalisme européen étant une forme impériale de nationalisme.

On peut d’ores-et-déjà souligner ce qui s’avère être le grand échec du plan Schuman/Monnet : la démocratie parlementaire ne préserve pas de l’errance des élus. Elire quelqu’un, c’est se déposséder soi-même de son pouvoir. La dictature européenne aura été le fruit en Europe d’une crise de la représentativité nationale et non commune, puisque le projet européen n’escomptait pas même sur les chefs d’Etat et les parlementaires européens pour faire adopter ses lois. La majorité qualifiée, qui seule fait foi en la matière, appartient à la Commission d’experts non élue. L’échec de la représentativité supplétive dans tout projet politique à prétention démocratique, ce qui n’était pas le cas du projet Monnet, est la grande instruction à retenir de la trahison européenne. Pilotée par les marchés, la construction européenne s’est cristallisée en une Europe impériale expansive, une super-nation, trop vaste et riche d’une diversité de cultures impropre à son unification, pour n’aboutir que sur une lente décrépitude de son économie intérieure et de ses relations extérieures. Plus gravement, elle s’est imposée sans l’assentiment démocratique et même, en se dressant contre lui. S’il fallait chercher une ouverture de l’Europe, par l’Europe unie, on assiste bien au contraire à une Europe renfermée et asservie. Paralysée par ses traités, essentiellement économiques, et pérennisés dans une constitution, non pas sous la forme d’une règle du jeu démocratique, mais d’une politique entière, celle des marchés financiers, destinée, par son statut de constitution, à demeurer éternelle. L’austérité ad aeternam. Le grand retour du fief féodal à l’échelle continentale. Le rêve de Jean Monnet était un cauchemar issu de cercles (vicieux ?) d’intellectuels des années 30, abîmés par la première guerre mondiale, la deuxième guerre européenne après celle de 1870, et qui s’est survécu comme il a pu, jusqu’à nous.

C’est à une forme de défaitisme historique, bien compréhensible, que l’on doit l’acceptation, par les élites européennes, à l’égard des Alliés, des libérateurs, la soumission passive à un projet qui ne devait avoir aucun équivalent dans le monde entier, aujourd’hui même. Et pour causes, puisqu’il est contemporain de l’Union soviétique en Russie et de la montée du nazisme en Allemagne. Le projet européen se devait, d’ailleurs, dans l’esprit de Jean Monnet, de s’inscrire en « troisième voie » de salut, du temps des civilisations totalitaires et mystiques... Les peuples qui eurent le droit de voter par référendum sur le projet lui-même - et ils furent peu nombreux -, ont prouvé qu’une démocratie, même affaiblie par la précarisation de son enseignement public, tout comme par la domination d’un discours unique, sait se défendre contre les errements des élites aveuglées par des intérêts contraires. Ceux-là même qui ont été insultés et traînés dans la boue fasciste en 2005 pour leur vote de raison, se retrouvent aujourd’hui otages d’une mécanique en roue libre, face à des élections manipulées par les calculs politiques et la propagande médiatique, au profit d’un président-prétexte n’ayant sincèrement récolté, outre le vote soi-disant républicain du second tour pour faire barrage à Hitler et aux futurs chambres à gaz (de qui se moque-t-on ?), que 24 % des suffrages... Le second tour n’ayant aucune légitimité pour cause de vote antifasciste. Un coup de maître, en effet, pour le système, qui parvient in extremis à se survivre, mais qui assassine au passage, cela est accessoire, la démocratie, le suffrage universel, et ouvre désormais sur une Europe illégitime ne tenant plus que par des élections bidons et des manipulations d’opinion... Les experts, lorsqu’ils détiennent sans contrepartie le pouvoir, sont d’une caste bien dangereuse...

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ZOOM - Jacques Sapir dénonce les mensonges de l'Union Européenne © TVLibertés

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